Né en 1878 à Kpanda, dans la circonscription de Grand-Lahou, Loua Beugré Pierre, ou « Lowa » en langue Avikam, est le tout premier instituteur de Côte d’Ivoire. En 1887, il fait partie des premiers élèves de l’école française d’Elima, dans le sud-est du pays. Élève brillant et studieux, il devient dès 1893 stagiaire puis moniteur d’enseignement.
Dans le souci de former les premiers instituteurs ivoiriens, l’administration coloniale le sélectionne parmi les 12 premiers élèves-maîtres, déjà en fonction comme moniteurs. Major de sa promotion à l’École Normale de Saint-Louis au Sénégal, il revient en 1912 pour enseigner officiellement au bord de la lagune Ébrié. Félix Houphouët-Boigny n’a alors que sept ans, et certains affirment que Lowa fut l’un de ses premiers maîtres.
Loua Beugré Pierre appartient à l’élite de la première génération d’intellectuels de l’Afrique Occidentale Française (AOF), aux côtés de Felix Martin du Dahomey (actuel Bénin). Orateur exceptionnel, cultivé et éloquent, il est chargé d’installer des écoles dans tout le pays pendant la Première Guerre mondiale. Sa politique éducative valorisait la culture, la linguistique et la cohésion sociale, et il rêvait même de faire de sa langue maternelle, l’Avikam, une langue nationale. Défenseur des peuples opprimés et panafricaniste, il mourut prématurément au cours d’une conférence.
C’est en cette période d’intense concours de la fonction publique ivoirienne, où les CAFOP pour instituteurs et instituteurs adjoints sont suivis avec beaucoup d’attention par des milliers de jeunes, que nous rendons hommage à Loua Beugré Pierre. Il est un symbole de l’excellence, de l’engagement et de la passion qui doivent animer chaque jeune candidat à l’enseignement.
Malgré son rôle historique, Loua Beugré Pierre reste presque totalement oublié. Aucun lycée, université ou CAFOP ne porte son nom, et il est absent des manuels scolaires ivoiriens. Même le ministère de la culture n’a consacré aucun centre à ce monument de l’éducation nationale, alors que ses contemporains et successeurs bénéficient de commémorations et d’honneurs.
À Grand-Lahou, l’histoire se mêle à la géographie : le cimetière de Kpanda, où reposent les restes de Loua Beugré, est presque entièrement submergé par les eaux, menaçant d’effacer physiquement la mémoire de ce héros. L’érosion côtière et le déplacement de l’embouchure accentuent ce danger. Si rien n’est fait, le pays risque de perdre définitivement une part de son héritage éducatif.
Face à cette situation, plusieurs propositions s’imposent :
L’exhumation des restes de Loua Beugré Pierre pour construire un mausolée en sa mémoire.
La création d’un prix d’excellence « Loua Beugré » pour le meilleur instituteur de l’année.
Loua Beugré Pierre n’est pas seulement un nom : il est l’ancêtre de l’enseignement ivoirien, un symbole des instituteurs, ces artisans du savoir qui bâtissent un pays. Connaître son histoire, honorer sa mémoire et s’inspirer de son exemple est d’autant plus pertinent en ces temps où des milliers de jeunes rêvent de rejoindre les rangs des enseignants de Côte d’Ivoire.